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Phantasie

L’expérience la plus partagée. Une image qui vient, qui tient, et qu’on peut retoucher

Pensez à la chambre de votre enfance. La fenêtre se place, la commode aussi, le mur reprend sa couleur, et rien de tout ça ne demande d’effort. L’image est là. Elle reste le temps qu’il faut, et vous pouvez la bouger. C’est le centre du spectre, là où se retrouve la grande majorité des gens, et là où la scène intérieure ne se confond jamais avec ce que les yeux voient.

Ce que ça fait, de l’intérieur

Plus de la moitié de l’échelle tient dans cette seule zone, et le sommet de la courbe aussi. La netteté monte et descend avec la fatigue ou le sujet du jour. Le support, lui, ne lâche pas.

En quelques points

Combien de personnes
Près de neuf personnes sur dix, avec le découpage de référence. De très loin la zone la plus peuplée du spectre.
Un mot très ancien
Emprunté au grec ancien, où il nomme la faculté de faire apparaître à l’esprit ce que les yeux ne voient pas.
Deux voisines
Une image fugitive à sa gauche, des scènes presque perçues à sa droite. On passe de l’une à l’autre par un dégradé, sans coupure nette.
Deux intensités A-Quest
La zone est si large qu’A-Quest y pose un repère interne provisoire, sans créer de catégorie scientifique nouvelle.
Fréquent, et c’est tout
Être majoritaire est une statistique. Ça ne donne aucune longueur d’avance sur les trois autres zones du spectre.

Ce que ça fait, de l’intérieur

La chambre d’enfance, encore. Découpe de la fenêtre, angle de la commode, teinte exacte d’un pan de mur. La scène s’installe sans que vous ayez à pousser, elle reste sous le regard, et elle tient le temps qu’il faut.

Repeignez le mur en bleu. Poussez le lit contre l’autre cloison, changez d’angle, revenez. L’image encaisse et ne se déchire pas. Ce qui fait la zone, c’est cette disponibilité, une esquisse qui tient la pose assez longtemps pour qu’on s’en serve, bien plus que le piqué d’une photographie.

Même quand la forme gagne en précision, le cerveau ne la prend jamais pour quelque chose qui viendrait du dehors. Deux registres, un tri immédiat.

La métamorphose d’une pomme

Prenez une pomme rouge, bien lustrée. Passez sa peau au vert acide, puis tranchez-la d’un coup net, et regardez les deux moitiés s’écarter sur les pépins et la chair humide. Si ces gestes s’enchaînent sans que l’image se déchire, et sans que vos yeux y croient une seconde, vous êtes dans cette zone.

Le rendu, lui, n’est pas constant. Un objet familier arrive d’un bloc quand le visage d’un ami proche hésite encore, et le soir, la fatigue estompe ce qu’un matin calme donnait d’emblée. Ces variations font partie du fonctionnement ordinaire.

Près de neuf personnes sur dix se retrouvent ici. Comme ça domine les statistiques, on prend souvent cette imagerie pour l’imagerie tout court. Apprendre que le voisin pense sans la moindre image, ou avec une présence presque perçue, déplace un peu le décor. Vous n’étiez pas « tout le monde », vous étiez le plus grand groupe.

Comment se fabrique une image mentale

Le cerveau ne sort pas une photo d’un tiroir. Il refabrique la chambre à chaque appel, en assemblant des fragments et ce qu’il sait déjà de l’objet, et il repart de zéro la fois suivante.

Les circuits de la vision travaillent à l’envers. Les yeux ouverts, l’information part de la rétine et remonte vers le cortex visuel primaire, à l’arrière du crâne. Imaginer prend le chemin inverse, depuis les réseaux frontaux de l’attention qui donnent l’ordre, puis descendent réveiller les aires occipitales et la trace visuelle qu’elles gardent.

Entre les deux, un relais dans le lobe temporal ventral s’occupe du sens et de l’identité du contenu, une pomme, une chambre, un visage, et laisse aux zones visuelles le soin d’en tracer textures et contours.

Une question se pose surtout ici, puisque percevoir et imaginer passent par les mêmes réseaux. Pourquoi le cerveau ne les mélange-t-il pas tout le temps ?

La réponse tient à un filtre, que les chercheurs appellent le contrôle de réalité. Un seuil sépare ce qui arrive du dehors et ce qui se forme au-dedans. Ici, au milieu du spectre, le signal descendant reste bien en dessous de cette frontière, si bien que le tri se fait à l’instant, sans qu’on ait à y penser.

Pas de confusion au quotidien, donc. Dans l’hyperphantasie, l’image approche parfois ce seuil sans le franchir. Dans l’aphantasie, aucun signal visuel ne se forme. Ici, l’esprit départage le réel et l’évocation sans hésiter.

Une lecture de groupes

Ces mécanismes sortent de comparaisons entre groupes de volontaires, souvent recrutés aux deux bouts du spectre, avec le centre comme témoin. Ils décrivent comment une image se fabrique en général. Devant un cerveau en particulier, ces moyennes de laboratoire ne dictent rien.

Au quotidien

L’image sert tous les jours, pour prévoir, agencer ou se repérer, et la plupart du temps personne n’y fait attention.

Un brouillon qu’on peut jeter
Réorganiser le salon, comparer deux chemins, essayer un meuble contre un autre mur. L’image fait bac à sable, assez souple pour être retouchée en direct et jetée sans regret.
Une netteté qui va et vient
Une tasse à café familière se dessine plus vite que les traits d’un parent, et une semaine épuisante brouille ce qu’un matin de repos donnait net. Cette amplitude est normale.
Les mots et les images ensemble
L’esprit fait travailler l’analyse verbale et l’esquisse visuelle côte à côte. Poser des mots affine le détail, et la forme guide le choix des mots.
La lecture
Le fil d’un roman installe une ambiance, quelques bribes de décor, une silhouette. C’est partiel, très loin d’un film projeté en continu.
Une comparaison impossible
L’expérience visuelle reste privée. Comparer la vivacité de son monde à celui du voisin ne mène nulle part, car une note sur un questionnaire chiffre un jugement personnel que personne d’autre ne peut vérifier.
Le grand angle mort
Rassembler la grande majorité suffit à faire passer ce mode pour la norme de tout le monde. Les trois autres pages décrivent des fonctionnements différents, tout aussi légitimes.

Se souvenir quand l’image répond

Une image docile ne garantit rien sur la richesse du passé revécu, et c’est justement au centre de l’échelle que le lien se défait.

L’intuition colle volontiers des images disponibles à des souvenirs incarnés. Aux deux bouts du spectre, ce lien se voit. Au milieu, la vivacité déclarée de l’image prédit très mal l’intensité du retour en arrière, et ce qui pèse davantage, c’est le style de chacun, l’habitude ou non de passer par ce canal au moment de se rappeler.

Deux personnes, même netteté, deux récits. L’une replonge dans la scène, la lumière sur le carrelage, la tiédeur de l’air. L’autre déroule une chronique précise, l’ordre des départs et le nom des gares, sans le moindre frisson sensoriel.

Un dernier jour de vacances

Rappelez-vous ce jour précis et regardez ce qui arrive en premier. L’ordre des départs, les valises, l’heure du train ? Ou la tiédeur de l’air et la lumière dorée d’une fin d’après-midi ? Les deux portes existent au centre du spectre, et savoir manier des images ne dit pas laquelle s’ouvrira.

Se représenter l’aspect des objets et se représenter leur place dans l’espace sont deux compétences différentes, et seule la première va avec un passé riche en détails sensoriels. Un score global de netteté mélange les deux.

Revivre son passé est une dimension à part, avec ses propres extrémités, que les chercheurs étudient pour elle-même. Être au centre de l’axe visuel laisse donc la question ouverte.

Pourquoi cette zone est la plus mal connue sur ce point

Les résultats les plus nets viennent des extrémités, recrutées en priorité parce qu’elles font des contrastes visibles. Le centre sert presque toujours de groupe de contrôle. La méthode des récits analysés en laboratoire est détaillée dans « Se souvenir sans rien revoir », sur la page consacrée à l’aphantasie.

D’où vient le mot

Le grec ancien « phantasia » nommait la faculté de faire apparaître à l’esprit ce qui échappe au regard. Pendant des siècles, ce mot racine a couvert tout le phénomène.

Quand la recherche moderne baptise l’absence totale d’images, en 2015, elle colle un préfixe privatif à ce vieux mot et obtient l’aphantasie. Le mot d’origine, lui, a continué de désigner le continuum entier.

Le découpage récent en quatre paliers a resserré le terme sur la seule région centrale du dégradé. Cette double vie dure encore dans la littérature, où phantasie nomme tantôt l’axe complet, tantôt son centre. Sur ces pages, le mot renvoie à la zone médiane, et à elle seule.

La définition commune

L’aphantasie est définie comme « l’absence ou la réduction marquée de l’imagerie sensorielle volontaire », et l’imagerie comme « l’expérience quasi sensorielle d’une chose, le plus souvent quand elle n’est pas là ». L’hyperphantasie en est l’inverse, une imagerie d’une force peu commune, dont on dit qu’elle rivalise avec la vivacité de ce qu’on voit vraiment. Le mot « volontaire » n’est pas là par hasard, puisque des images peuvent surgir sans avoir été appelées, dans un rêve ou en un éclair, même quand rien ne vient à la demande.

Comment on la délimite

Le dégradé de l’imagerie s’étire d’un bout à l’autre sans creux ni cassure naturelle, si bien que les frontières posées autour de cette zone sont des conventions de recherche, utiles, comme pour les trois autres paliers.

Le VVIQ demande d’évaluer la vivacité de seize scènes de la vie courante. Les notes vont de 16 à 80 points. La zone centrale prend toute la portion du milieu, depuis les scores modestes jusqu’au seuil des images éclatantes.

Plus de quarante points, sur une échelle qui en compte soixante-quatre. Un même intitulé rassemble l’esquisse à peine stabilisée et la scène dessinée net. Large éventail, une seule étiquette.

Cette étendue met la mesure à l’épreuve. Les questionnaires séparent bien les extrémités, puis perdent en fiabilité dans ce ventre mou, où l’auto-évaluation bouge avec l’humeur, la fatigue ou la sévérité qu’on s’applique à soi-même.

Le score final dit ce qu’une personne raconte de son expérience face à un modèle qu’elle a en tête, si bien que deux personnes à la vivacité égale peuvent se retrouver à plusieurs points d’écart parce que l’une est plus exigeante que l’autre.

D’autres angles morts. Le VVIQ s’en tient au canal visuel et fige le fonctionnement d’un esprit dans une poignée de scénarios immobiles.

Avec les seuils les plus souvent retenus, cette zone regroupe près de neuf personnes sur dix, le profil majoritaire du spectre. Deux raisons à ça. L’intervalle retenu est le plus large de l’échelle, et les réponses convergent massivement vers ce centre. Cette abondance n’enlève rien aux trois autres zones.

Imagerie présente
L’image répond à la demande. Sa vivacité varie avec l’heure et la complexité de ce qu’on évoque.
Imagerie vive
La forme s’impose nette et se maintient sans effort, tout en restant en dessous de l’intensité presque perçue de l’extrémité haute.
La coupure interne en deux intensités est une règle de produit A-Quest, provisoire, que la littérature ne connaît pas.
  • Des échelles empruntées

    Le VVIQ a été révisé en VVIQ-2, adapté en français. D’autres instruments complètent le tableau, comme le Psi-Q, qui interroge sept canaux sensoriels, ou le SUIS, qui s’occupe des images surgissant sans qu’on les ait appelées.

  • Chronométrer une comparaison

    Demander lequel de deux objets imaginés est le plus gros, et mesurer le temps de réponse, donne un indice qui ne dépend plus de l’auto-évaluation. Utile pour explorer le centre.

Ce qu’A-Quest cherche à ajouter

Un questionnaire francophone qui regarde en même temps plusieurs sens, l’effort demandé, la maniabilité de l’image et les images spontanées. Il pose un repère interne provisoire, pour ne pas fondre plus de quarante points d’échelle sous une seule désignation. La validation scientifique de cette grille est en cours.

Ce qu’on sait, et par quel détour

Paradoxe, cette région sert de référence à tout le monde et reste rarement regardée pour elle-même. Les protocoles l’éclairent par ricochet, en miroir des extrémités.

  • Le cas de référence, malgré lui

    Mesurer ce qui distingue les deux extrémités exige un point d’ancrage au milieu. Les données publiées s’appuient donc en permanence sur des groupes venus de cette zone, rangés comme témoins et rarement interrogés sur leurs nuances internes.

  • Deux registres qui se séparent

    Des protocoles de dessin de mémoire montrent que l’apparence des objets et leur disposition dans l’espace relèvent de deux systèmes différents. La séparation s’observe au centre comme aux deux pôles. Une image nette ne dit rien de la justesse avec laquelle on s’oriente.

  • Pourquoi on reconnaît une image

    Distinguer perception et représentation interne repose sur la force de l’activité corticale. Passé un certain seuil, le cerveau prend le signal pour une présence réelle. L’imagerie ordinaire reste nettement en dessous de cette bascule.

  • Le grand angle mort scientifique

    La littérature laisse presque entièrement de côté les différences internes de cette zone, malgré les quarante points d’échelle qu’elle couvre. Ce qui sépare son plancher de ses paliers les plus vifs reste à décrire.

Les dimensions voisines

Être au milieu de l’axe visuel ne prédit rien du reste. Chaque faculté voisine a sa propre dynamique, et se mesure pour elle-même.

« Je suis au milieu, il n’y a rien à explorer ici »

Réaction fréquente, et compréhensible. Occuper une position moyenne sur l’échelle visuelle laisse pourtant toutes les autres dimensions à explorer, puisqu’elles se jaugent chacune de leur côté. Cette région rassemble une grande variété de profils, car un canal d’allure ordinaire cache souvent des singularités marquées sur les autres.

L’échelle chiffre uniquement ce qui se forme quand on cherche volontairement à visualiser. Les registres ci-dessous interviennent souvent dans les mêmes tâches, ce qui entretient l’idée d’un lien de cause à effet. Chacun garde pourtant son autonomie, et une imagerie docile les laisse tous ouverts, personne par personne.

Le souvenir revécu
Restituer la trame des faits et revivre un épisode de l’intérieur sont deux mécanismes différents. Former des images à la demande ne garantit pas des souvenirs incarnés, comme le détaille « Se souvenir quand l’image répond ».
Le sens de l’espace
Évaluer des volumes, s’orienter dans une ville, planifier un trajet relèvent du traitement spatial, qui travaille indépendamment du talent qu’on a pour peindre mentalement couleurs et textures.
La voix intérieure
Le monologue interne est une dimension à part. Dans cette même zone, certains pensent surtout avec des mots, d’autres suivent un cheminement conceptuel silencieux.
Les images involontaires
Une scène qui surgit au fil d’une lecture, des images à l’endormissement, jaillissent sans intention. Cette production spontanée passe par d’autres circuits que l’effort volontaire évalué ici.
Les supports extérieurs
Croquis, diagrammes, listes restent indispensables. Une imagerie maniable ne remplace jamais un support matériel.

Les malentendus les plus courants

La région centrale attire des préjugés bien à elle. Les uns l’érigent en modèle, les autres la trouvent sans intérêt.

  • « C’est donc vous qui êtes dans le vrai. »

    Rassembler le plus grand nombre est une statistique. Ça ne fabrique aucun modèle de référence, et chaque zone du spectre a ses propres façons de s’y prendre, toutes valables.

  • « Vous imaginez donc mieux que les autres. »

    L’imagination dépasse de loin la fabrication d’images. Concevoir un système, planifier, abstraire, bâtir une métaphore, tout ça peut se passer d’images, et très bien.

  • « Vous possédez forcément une excellente mémoire. »

    Vivacité de l’imagerie et mémoire épisodique sont deux dimensions différentes. Au centre de l’échelle, la seconde ne se déduit jamais de la première, et on peut visualiser sans peine tout en gardant un passé purement factuel.

  • « Vos représentations intérieures sont comme des photographies. »

    La phantasie produit une esquisse souple, soumise à l’attention, qui se laisse retoucher. Elle n’a jamais la précision figée d’une photographie, et l’esprit la reconnaît tout de suite pour ce qu’elle est, une projection venue de l’intérieur.

  • « Il n’y a aucun mystère à élucider dans cette zone. »

    Plus de quarante points d’échelle. Ce qu’éprouve quelqu’un à la frontière basse n’a pas grand-chose à voir avec la vivacité ressentie au sommet, et ce territoire reste peu exploré.

  • « Les deux intensités d’A-Quest correspondent à deux paliers officiels. »

    Cette distinction est une commodité de lecture propre à A-Quest, un repère interne provisoire pour situer des nuances dans une région immense.

Questions fréquentes

  • S’agit-il de la norme biologique idéale ?
    Cette zone regroupe la très grande majorité des profils sur l’échelle de l’imagerie visuelle. C’est un constat statistique, sans hiérarchie. Les trois autres zones fonctionnent tout aussi bien.
  • Pourquoi mentionner que ce profil est majoritaire ?
    Pour lever des doutes et écarter quelques intuitions fausses. Dire que cette façon d’imaginer est la plus partagée évite de la fantasmer, et donne un point d’appui pour comprendre ce que les autres positions ont de singulier.
  • Pourquoi distinguer deux intensités au sein de la zone ?
    Cette zone couvre plus de la moitié de l’amplitude du questionnaire. Une démarcation interne affine la lecture entre une esquisse simplement disponible et une image franchement nette. C’est une convention provisoire d’A-Quest, rien de plus.
  • Passer d’une intensité à l’autre signifie-t-il changer de zone ?
    Non, vous restez dans la même zone. La vivacité bouge avec la fatigue, le contexte, l’attention, assez pour faire osciller le score sans que votre fonctionnement de fond ait changé.
  • Une image mentale doit-elle être nette en permanence ?
    Non. Ce qui marque cette zone, c’est la disponibilité de la forme, bien plus qu’un piqué continu, et les baisses de netteté font partie de l’expérience.
  • Ce profil influence-t-il la créativité ou l’intelligence ?
    Aucune corrélation établie ne relie la vivacité de l’imagerie à l’intelligence, à la sensibilité artistique ou à la fécondité créative. Ces facultés empruntent bien d’autres chemins, tout au long du spectre.
  • Quelle est la relation avec la mémoire autobiographique ?
    Le lien est particulièrement mince au milieu du spectre, comme le détaille la section sur le souvenir. Une imagerie maniable ne préjuge pas de votre façon de revivre, ou non, vos épisodes passés.
  • Pourquoi cette modalité est-elle si peu racontée ?
    Parce que l’imagerie du plus grand nombre passe pour une évidence, et qu’on ne raconte pas une évidence. Longtemps cantonnée au rôle de groupe témoin, elle commence seulement à être étudiée pour sa propre diversité, avec les modèles récents en quatre zones.

Les zones à côté

  • HypophantasieÀ gauche, une région où l’image s’allume, vacille et s’éteint aussitôt. Retenir la moindre scène y demande un effort d’attention soutenu, pour un résultat qui file.
  • HyperphantasieÀ droite, une imagerie d’une intensité rare, qui rivalise avec la netteté du réel et s’impose parfois sans qu’on l’ait appelée. La frontière est progressive, et il faut bien plus qu’un dessin net pour la passer.
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Sources

Les travaux dont on s’est servi pour écrire cette page. La mention après chaque référence dit ce qu’elle permet d’affirmer.

Mise à jour le · 18 septembre 2026

  1. Wright, D. J., Scott, M. W., Kraeutner, S. N. et collègues (2024). An international estimate of the prevalence of differing visual imagery abilities. Frontiers in Psychology, 15, 1454107.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Estimation internationale en quatre zones, sur 3 049 personnes puis sur un ensemble regroupé de 9 063 personnes. Tous les pourcentages cités sur ces pages viennent de cet échantillon.

  2. Zeman, A., Milton, F., Della Sala, S. et collègues (2020). Phantasia, the psychological significance of lifelong visual imagery vividness extremes. Cortex, 130, 426-440.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Grande enquête sur les deux extrémités, qui nomme l’hyperphantasie et reprend « phantasie » pour la faculté d’imaginer. Les personnes se sont présentées d’elles-mêmes après un appel public, si bien que le texte fait autorité sur les vécus et laisse les fréquences à d’autres relevés.

  3. Monzel, M., Mitchell, D., Macpherson, F., Pearson, J. et Zeman, A. (2022). Proposal for a consistent definition of aphantasia and hyperphantasia. Cortex, 152, 74-76.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Prise de position collective sur la définition des deux extrémités. Texte court de discussion, cosigné par plusieurs équipes du domaine.

  4. Jin, F., Hsu, S.-M. et Li, Y. (2024). A systematic review of aphantasia: concept, measurement, neural basis, and theory development. Vision, 8(3), 56.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Revue systématique des définitions concurrentes, des instruments et des limites méthodologiques du champ. Utile pour cerner ce qui reste ouvert.

  5. Liu, J., Zhan, M., Hajhajate, D., Spagna, A., Dehaene, S., Cohen, L. et Bartolomeo, P. (2025). Visual mental imagery in typical imagers and in aphantasia: a millimeter-scale 7-T fMRI study. Cortex, 185, 113-132.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Imagerie cérébrale à très haute résolution pendant une tâche d’imagerie volontaire. Décrit un relais temporal et sa mise en relation avec les régions de contrôle, au niveau des groupes.

  6. Dijkstra, N., Mazor, M. et Fleming, S. M. (2024). Confidence ratings do not distinguish imagination from reality. Journal of Vision, 24(5), 13.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Travaux sur la frontière entre imaginer et percevoir. Les erreurs décrites apparaissent dans des tâches de laboratoire très contraintes.

  7. Greenberg, D. L. et Knowlton, B. J. (2014). The role of visual imagery in autobiographical memory. Memory & Cognition, 42(6), 922-934.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Trois expériences. Dans la tranche ordinaire de l’échelle, la vivacité déclarée prédit mal la richesse du passé revécu, et c’est l’habitude d’y recourir qui pèse davantage. Antérieur au vocabulaire du spectre.

  8. Vannucci, M., Pelagatti, C., Chiorri, C. et Mazzoni, G. (2016). Visual object imagery and autobiographical memory: object imagers are better at remembering their personal past. Memory, 24(4), 455-470.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Sépare celles et ceux qui se représentent l’aspect des choses de celles et ceux qui se représentent l’espace, et relie le premier style à un passé plus détaillé. Corrélation mesurée sur un échantillon.

  9. Palombo, D. J., Sheldon, S. et Levine, B. (2018). Individual differences in autobiographical memory. Trends in Cognitive Sciences, 22(7), 583-597.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Synthèse qui traite la richesse du passé revécu comme une dimension à part entière, avec ses propres extrémités. Sert à dire que le souvenir se mesure pour lui-même, et pas comme une suite de l’imagerie.

  10. Zeman, A., Dewar, M. et Della Sala, S. (2015). Lives without imagery, congenital aphantasia. Cortex, 73, 378-380.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Lettre qui introduit le mot « aphantasie », à partir du cas d’un patient ayant perdu son imagerie visuelle. À citer pour le vocabulaire qu’elle fonde.

  11. Blomkvist, A. et Marks, D. F. (2023). Defining and “diagnosing” aphantasia: condition or individual difference? Cortex, 169, 220-234.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Critique argumentée des seuils retenus dans la littérature, cosignée par l’auteur du questionnaire de référence. Sert à dire que les frontières sont des conventions discutées.

  12. Marks, D. F. (1973). Visual imagery differences in the recall of pictures. British Journal of Psychology, 64(1), 17-24.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Article fondateur du questionnaire de vivacité de l’imagerie visuelle. Rappelle que l’outil mesure un ressenti déclaré, et qu’il a été conçu pour comparer des personnes entre elles.

  13. Suggate, S. P. (2024). Beyond self-report: measuring visual, auditory, and tactile mental imagery using a mental comparison task. Behavior Research Methods, 56(8), 8658-8676.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Article de méthode, qui montre que l’échelle visuelle de référence s’en tient à un sens et à une poignée de scènes, et propose une tâche chronométrée pour la remplacer. Sert à parler des limites des questionnaires.

  14. Ceschi, G. et Pictet, A. (2018). Questionnaire sur la vivacité de l’imagerie visuelle, version 2 en français, annexe 7 de Imagerie mentale et psychothérapie. Mardaga.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Version francophone de l’instrument, utile pour comparer les formulations. Annexe d’ouvrage, seule référence de cette liste sans identifiant DOI.

  15. Andrade, J., May, J., Deeprose, C., Baugh, S.-J. et Ganis, G. (2014). Assessing vividness of mental imagery: the Plymouth Sensory Imagery Questionnaire. British Journal of Psychology, 105(4), 547-563.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Validation d’un questionnaire qui note la vivacité déclarée sur sept canaux sensoriels, comparé au VVIQ-2 et à l’échelle des images spontanées. Sert à décrire le paysage des instruments.

  16. Palermo, L., Boccia, M., Piccardi, L. et Nori, R. (2022). Congenital lack and extraordinary ability in object and spatial imagery: an investigation on sub-types of aphantasia and hyperphantasia. Consciousness and Cognition, 103, 103360.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Une des rares études qui traite l’extrémité haute comme un objet à part entière, en séparant l’aspect des objets et la représentation de l’espace aux deux bouts du spectre.

  17. New, B., Barra, J., Chauvin, A., Huson, N. et Lœvenbruck, H. (2026). Multimodal mental imagery profiles and the prevalence of aphantasia and hyperphantasia in the general population. Cortex, 201, 119-136.(s’ouvre dans un nouvel onglet)

    Enquête sur huit canaux sensoriels auprès d’environ 2 000 personnes de 18 à 30 ans au Royaume-Uni. Le goût et l’odorat sont les plus difficiles à convoquer, l’audition la plus facile, et une absence sur un canal s’accompagne souvent d’une pauvreté sur d’autres. Sert à parler des autres sens, et à eux seuls.

Et vous, où vous situez-vous ?

A-Quest interroge l’imagerie mentale sur plusieurs dimensions, bien au-delà de cet axe visuel.